On sait tous que
l’alcool est le grand mal qui ravage les Amérindiens des États-Unis. Ils en
sont victimes depuis si longtemps, et de façon si répandue, que le Peau-Rouge
qui cuve son vin sur le bord de la route est devenu un véritable lieu commun.
Mais on sait moins que, depuis quelques années, une nouvelle menace frappe la
population indienne : la drogue.
N’allez pas croire
que dans leurs réserves reculées, les Natifs cultivent des plantes médicinales
ancestrales, aux vertus hallucinogènes. La réalité est moins romantique : comme
dans les autres communautés défavorisées de ce pays, c’est la méthamphétamine
qui fait des ravages dans les réserves.
Le Crystal, ou Meths, comme on a coutume de l’appeler,
est une drogue de synthèse bon marché,dont le pouvoir d’addiction
est important, et très rapide. Il a fait son apparition sur la côte ouest des États-Unis
vers 1985. Au cours des années 1990, il s’est répandu dans tout le pays.
Les Amérindiens des réserves, durement touchés par le chômage et
la pauvreté, et que la dépendance à l’alcool rendait plus vulnérables à une
nouvelle dépendance, sont apparus comme une cible de choix pour les trafiquants
de meths. D’autant que les effectifs de police,
relativement faibles pour contrôler de vastes zones peu peuplées, ne sont pas
suffisants pour empêcher le trafic. La consommation de drogue dans les réserves
a considérablement augmenté dans les années 2000, surtout dans la région des Grandes
Plaines et dans l’Ouest. En 2006, une étude montrait que 1,7 % des Indiens prenaient
de la méthamphétamine, contre 0,7 % des blancs.
A titre d’exemple, on peut citer une importante affaire liée au
trafic de méthamphétamine, qui a eu lieu dans la réserve de Wind River,
Wyoming.
En 2000, un trafiquant mexicain, Jesus Martin Sagaste-Cruz, décide de s’inspirer des magasins d’alcool proches des réserves pauvres,comme celle de Pine Ridge, qui font fortune grâce aux Indiens. Les plus grosses ventes se faisant immédiatement après que les allocations du Conseil tribal aient été versées. Jesus Sagaste-Cruz se dit que si on peut gagner des millions en vendant de l’alcool aux Indiens, on doit pouvoir le faire en leur vendant des meths.
Les membres du gang mexicain choisissent donc de s’attaquer à la
Réserve de Wind River, dans le Wyoming. Ils s’installent sur le territoire de
la réserve, ou à proximité, et commencent par offrir des doses gratuites de méthamphétamine
aux habitants. Ils cherchent notamment à séduire des Indiennes, pour les
initier ensuite aux meths et les rendre
dépendantes. Peu à peu, le gang se constitue une clientèle pour sa drogue, et
un réseau de petits dealers locaux qui la distribuent dans la réserve. Au cours
des années suivantes, la consommation de drogue à Wind River explose. Le gang
Sagaste-Cruz importe la méthamphétamine du Mexique, et la revend sans être
inquiété par la police, qui manque de personnel, de moyens et de formation pour
lutter contre le trafic de stupéfiants.
Mais la lutte contre le trafic de drogue à Wind River s’organise à
partir de 2004, grâce à l’entente entre plusieurs services de police : la
police locale, constituée d’agents du BIA, la police d’Etat du Wyoming, et la
DEA. Plusieurs vagues d’arrestation ont lieu en 2005. Au mois de mai, c’est un
réseau de dealers indiens, les Goodman, qui est démantelé, et 19 personnes sont
arrêtées. Ce gang familial était dirigé par les grands-parents, John et Donna,
âgés de 64 et 63 ans, et toute la famille, enfants et petits-enfants,
participait à la vente de méthamphétamine et d’autres produits stupéfiants.
Parmi les personnes arrêtées, on trouve également une juge tribale, Lynda Munnell,
la soeur de Donna.
Jesus Sagaste-Cruz est arrêté à son tour, et condamné à la prison
à vie, le 7 juillet 2005. Son frère Julio, lui-même membre du gang, échappe à
la police. Il est toujours en fuite à ce jour.
Comme on le voit dans le cas de Wind River, le gouvernement fait
preuve de bonne volonté pour lutter contre le trafic de drogue dans les
réserves indiennes. La collaboration entre forces de police, locales et
fédérales, était une étape indispensable pour combattre efficacement les
réseaux de trafiquants. De plus, des fonds ont été débloqués en 2008 pour aider
le BIA et les polices tribales dans cette bataille. Et une formation à la lutte
anti-drogue est maintenant dispensée à l’Indian Police Academy. Les services de
justice du BIA ont en outre organisé un programme de protection des témoins
spécifique aux Amérindiens des réserves. A cela s’ajoute différents programmes
de prévention contre la drogue (notamment envers les jeunes) et d’aide à la désintoxication.
Malgré tout, le problème de la méthamphétamine reste très aigu, et le nombre de
victimes de cette drogue ne semble pas prêt à diminuer.