Wounded Knee, terrain à vendre, par Charlie Blackhorse


Il est des endroits qui ne semblent jamais devoir trouver la paix. Où les esprits seront toujours tourmentés par la colère et l’humiliation. Wounded Knee est de ceux-là.

Après le massacre de près de 400 Lakota Miniconjou, hommes, femmes et enfants, par les tuniques bleues, le 29 décembre 1890 ; après l’ensevelissement sans sépulture des victimes de ce crime d’état dans la terre gelée de cette contrée désolée ; après la glorieuse résistance des militants de l’AIM, en février 1973, pour faire valoir les droits des Amérindiens, Wounded Knee devrait être le site le plus sacré de notre peuple. Eh bien non. Officiellement, ce n’est qu’un terrain privé, appartenant à un Blanc, au milieu d’une réserve indienne. Un de plus, me diriez-vous ?

M. James Cwyvczynski, de Rapid City, a acheté en 1968 un terrain d’un hectare et demi, situé juste à l’endroit où s’est déroulé le massacre de 1890. Il n’y a vécu que 5 ans, avant de fuir devant les partisans de l’AIM, au cours du siège de 1973. Depuis, cette terre est inoccupée, mais reste la propriété de M. Cwyvczynski. Et voici que ce dernier annonce qu’il met en vente Wounded Knee pour la bagatelle de 3,9 millions de dollars.

Ce prix vous paraît excessif ? Surtout quand on connaît le peu de valeur des terres incultes de la réserve de Pine Ridge. C’est aussi l’avis du conseil tribal de la réserve, qui estime le prix de ce même terrain à 7000 $. Mais, selon M. Cwyvczynski, le montant qu’il demande est en accord avec la valeur historique et sentimentale du lieu.

Vous apprécierez le cynisme : ce lieu est sacré pour les Lakota, dont le sang a été versé là, et cela justifierait qu’on leur demande une somme astronomique pour le récupérer. Somme que les Amérindiens de Pine Ridge, dont on connaît la pauvreté, seraient bien incapables de payer. Mais cela ne semble pas déranger M. Cwyvczynski, qui ne connaît qu’une loi dans cette affaire : celle du marché.

D’ors et déjà, le président du conseil des Sioux Oglala, Bryan V. Brewer, a annoncé qu’il saisirait la justice fédérale pour régler cette affaire, afin que sa tribu n’ait pas à payer plus que la somme légale pour récupérer cette terre qui lui revient de droit. Espérons que sa démarche aboutira, et ce, dans un délai raisonnable. Peut-être les morts de Wounded Knee pourront-ils alors enfin reposer en paix, sous une terre pleinement lakota.





















Le gourou James Arthur Ray condamné pour négligence, par Leroy Bordeaux



Le gourou James Arthur Ray, poursuivi après la mort de trois personnes asphyxiées dans une parodie de hutte de sudation, a été reconnu coupable de négligence. Un verdict clément pour ce célèbre partisan du « self-help », qui avait tout d’abord été inculpé pour homicide.

On se souvient des faits : en octobre 2009, James Arthur Ray organisait une « retraite spirituelle », à Sedona, Arizona. Une soixantaine de personnes, ayant payé la bagatelle de 9000 dollars, s’étaient réunies pour un rituel singeant les pratiques curatives des Premières Nations. Au terme d’un jeûne de 36 heures, elles furent invitées à une « cérémonie de purification », dans un sauna de fortune : en fait, une immense fosse creusée à même le sol, couverte de bâches étanches, sans rapport avec les huttes de sudation que les Amérindiens savent fabriquer depuis des temps immémoriaux.

Trop nombreux, pour une cérémonie trop longue, dans un lieu inadapté au sauna, les adeptes ne tardèrent pas à se sentir mal. Mais, malgré leurs supplications, James Arthur Ray leur interdit de sortir. Mieux, c’est lui-même, qui finit par quitter la loge mortelle, laissant ses disciples enfermés !

Au terme de ce fiasco, trois personnes trouvèrent la mort, et dix-neuf autres furent hospitalisées. Le bilan aurait pu être plus lourd.


La sentence prononcée contre James Arthur Ray paraît bien indulgente. Surtout, elle ne risque pas de dissuader tous ceux qui, en exploitant la spiritualité amérindienne, sèment la mort.

Pendant des siècles, les Natifs ont pratiqué le rituel de sudation, sans que personne n’en soit victime. Puis, les Blancs ont décidé de s’en emparer pour en faire le commerce, et en moins de trente ans, sept personnes en sont mortes. C’est du moins ce qu’on sait, car il semblerait que certains de ces apprentis chamans aient réussi à cacher les drames qu’ils ont causés. Jusqu’à présent.